Catégorie : Réflexions

  • Le nœud du problème lorsqu’on implante une nouvelle fonctionnalité

    Le nœud du problème lorsqu’on implante une nouvelle fonctionnalité

    Vous venez de travailler sur une toute nouvelle fonctionnalité. Vous en êtes fier et vous êtes certain que votre client va en tirer profit grâce à une augmentation de la qualité des données que va en ressortir le système. C’est quelque chose de fait dans les règles de l’art et vous êtes content d’enfin délivrer votre client de son bric-à-brac qu’il a tant décrié.

    Petit hic: après la présentation, votre client vous sort la fameuse phrase:

    «Oui, c’est bien beau tout ça, mais j’ai pas le temps de gérer ça!»

    Vous prenez une petite pause, vous prenez acte de son point de vue. Vous savez que ce qu’il vous a dit est peut-être le produit d’une malheureuse ignorance, d’une mauvaise compréhension peut-être, mais même à ça, vous savez quand même que c’est une incertitude légitime et révèle une crainte profonde, signe que quelque chose vous a échappé lors de la prise de besoins.

    Une chose est sûre, votre client pense que vous venez de lui ajouter de l’ouvrage. Même si le calcul que vous avez livré à votre client produit des prévisions beaucoup plus fiables, vous vous rendez compte que votre client vit un enjeu de quantité de donnée trop grand à traiter pour leur laisser le temps de donner beaucoup d’amour et d’ajustement sur leur prévisions.

    Cet article se veut à mi-chemin entre une réflexion et une piste de solution pour les enjeux de qualité vs quantités des données produites par votre système de planification.

    Demi vérité: votre client a toujours raison

    Faut-il encore le rappeler? Mais peut-être vaut mieux ne pas prendre ça au pied de la lettre. Peut-être faudrait-il plutôt dire que le client n’a pas toujours raison, mais ses problèmes et ses solutions sont toujours exprimés suite à un besoin légitime. Vous avez assurément beaucoup à gagner en cherchant à ce que le besoin véritable soit mieux compris de toutes les parties prenantes.

    Le client a effectivement des moyens plus rapides de gérer son volume de données à traiter

    Le monde de la vente au détail amène plus souvent qu’autrement une énorme variété de produits. Je n’ai pas de doutes que ce grand volume force les planificateurs à monter des prévisions « en masse », c’est à dire, probablement qu’un ensemble de quelques paramètres seulement permettent d’ajuster les stratégies de planification de plusieurs produits à la fois. Les pires cas sont gérés via un système de gestion d’exception, où les produits aillant eu le plus grand écart sont mis en haut d’une liste de produits aillant besoin d’ajustements à la pièce.

    Dans ce cas, une carte intéressante à jouer serait d’expliquer au client qu’un meilleur chiffre viendrait améliorer la qualité des prévisions, en en mettant moins dans la liste des écarts à surveiller. Alors là attention, le fardeau de la preuve vous incombe et ce n’est toutefois pas chose aisée que de montrer que votre chiffre peut rivaliser avec le leur tout en étant aussi simple à gérer.

    Une autre carte qu’il m’est arrivé de jouer est celle que le client a plus souvent qu’autrement qu’une seule poignée de paramètres sur lesquels il peut jouer. On lui en donne un nouveau qui peut remplacer un des paramètres déjà existantes. Yvon Deschamps, a sorti cette phrase: «on veut pas le savoir, on veut le voir». Montrez à votre client que le prototype est aussi facile à gérer que leurs méthodes actuelles, tout en sortant des chiffres de meilleure qualité.

    Vérité complète: tout le monde a raison

    Désolé de vous l’amener comme ça, mais oui, votre client a raison de s’inquiéter de la charge de travail que la nouvelle fonctionnalité s’apprête à lui donner. De la même manière que vous savez que vous avez raison de lui suggérer une pratique selon les règles de l’art.

    Le compromis à faire ici, et c’est probablement la clé:

    1. Votre client dit qu’il ne peut pas utiliser votre solution à cause qu’il n’a pas le temps? Utilisez ça non pas comme une défaite, mais comme l’expression maladroite d’un besoin absolument réel.
    2. Votre client reste tout de même responsable que les choses roulent, vous êtes responsable de lui donner des chiffres de qualité. Offrez-lui le compromis de réaliser le tour de force qu’est d’accélérer son travail à faire dans la nouvelle version. L’implication du client est hautement importante à cette étape, mais seulement après avoir fait l’optimisation du procédé.

    Réflexion

    La communication est comme d’habitude la clé. Comment, par la participation. Je trouve souvent que les meilleurs projets sont le fruit d’une réelle collaboration entre partenaires, pas juste une bête réponse à un ordre qu’on m’a lancé par la tête et qui était bien évidemment dû pour hier. S’asseoir à la même table et partager les enjeux de manière transparente et collaborative reste à mes yeux la meilleure façon de mener un projet.

    Bonne collaboration à tous!

    crédit photo: https://pixabay.com/photos/node-rope-connection-dew-fastening-540389/

  • L’infâme loi de Murphy

    L’infâme loi de Murphy

    Vous avez sans doute entendu parler de la loi de Murphy. « Évidemment, il m’arrive toujours quelque chose, c’est la loi de Murphy » ou « Si ça peut arriver, ça va arriver » sont des phrases que vous avez certainement déjà entendues. Il en va de soi, la loi de Murphy a la cote, mais pas pour les bonnes raisons.

    C’est un problème, parlons-en.

    La plupart des gens voient la loi de Murphy comme une force cosmique et magique qui leur est imposée pour leur pourrir la vie. Tellement qu’on pourrait dire que les gens font de cette loi une croyance. Vous croyez-vous en cette force divine qui s’occupe de rendre votre vie si mauvaise?

    Figurez-vous que j’ai l’audace de dire que la loi de Murphy est plutôt bénéfique. Et je ne dis pas ça dans un sens morbide ou défaitiste, en fait je remercie ce monsieur Murphy, car ça me fait voir le monde autrement.

    Je m’explique. Tout le négativisme autour de ce phénomène, ce n’est dû qu’à un manque de familiarité par rapport à celui-ci. La plupart des négativistes ont de cette loi une très mauvaise interprétation. Mais qu’est-ce donc que la loi de Murphy? Il s’agit simplement d’une extension de la loi des grands nombres, voulant que plus le nombre d’expériences d’un phénomène aléatoire se produit, plus vous verrez une grande variété d’observation. Donc, vous aurez ainsi plus de chances de voir le meilleur scénario, mais aussi et surtout le pire.

    Voyez-vous la nuance? Prenons par exemple un cycliste qui se rend au travail à tous les jours. Si le cycliste le fait souvent, il a plus de chance de voir des choses différentes arriver sur son parcours. Ça peut être de croiser un chat, remarquer des fleurs dans les arbres, ça peut être de contourner des voitures stationnées différentes, d’arriver à temps pour sa lumière verte ou pas, on peut imaginer une infinité de scénarios. Imaginons maintenant que ce cycliste le fasse encore plus souvent. Au cours de sa vie le cycliste aura vu une plus grande variété de choses se produire à vélo si il en a fait plus souvent. Ce cycliste aura tout vécu lors de ses randonnées, de la pluie, du beau temps, allons à l’extrême, il aurait même pu y passer le plus beau jour de sa vie. Mais cette fois où il aura fait un accident l’ayant rendu quadriplégie pour le reste de ses jours pourrait aussi arrivée, coïncidemment, ce serait la dernière fois aussi.

    Généralement, les gens sont déjà préparés à subir les conséquences du meilleur scénario. C’est lorsque survient le pire des scénarios qui est important dans ce cas. Et c’est ce qui mérite l’intérêt de cette loi.

    La loi de Murphy est un avertissement. Si vous ne contrôlez pas la variabilité ni la quantité des expériences, alors vous augmentez vos chances de voir le pire des scénarios vous arriver. Et en passant, ce pire des scénarios pourrait même tout aussi bien être votre dernier.

    Voyez-vous, pourquoi les avions tombent-ils du ciel aussi peu souvent? Pourquoi n’entendons jamais vraiment parler d’une compagnie pharmaceutique qui se serait trompé dans le dosage d’un des ingrédients d’une pilule? Pour les avions, ce sont des milliers de vols différents chaque jour? La quantité de pilules produites par l’industrie pharmaceutique est elle aussi énorme. Comment font-ils pour ne pas faire les manchettes à toutes les semaines?

    La réponse est dans la gestion du risque. Ces compagnies sont bien au fait de l’effet de la loi de Murphy, et emploient les principes de gestion de risque, typiquement de la prévention et de l’acceptation du risque. La loi de Murphy demande un exercice de précaution qui peut sembler abusif, mais nécessaire dans la plupart des cas.

    Personnellement, je me sers de la loi de Murphy comme d’une excellente excuse à effectuer une saine gestion des risques. Quand je dis à mes clients que je dois me méfier des effets de la loi de Murphy, souvent on me regarde avec des yeux ronds, mais une fois expliqué, ça se comprend aisément. Que ce soit pour évaluer les effets à long terme d’un changement sur un programme que je développe, ou lorsque vient le temps de décider si je dois effectuer une manœuvre à vélo.

    Autre opinion étonnante: vous pouvez faire travailler la loi de Murphy en votre faveur. Je m’explique. Si vous faites des tests de régression, assurez-vous que votre échantillon est suffisamment grand pour couvrir tous les cas, y compris le pire et le moins fréquent. Ça vous dit quelque chose? Dans ce cas, la loi de Murphy vous sera d’une grande aide et elle jouera en votre faveur.

    Je vous invite, chers lecteurs, à respecter la loi de Murphy, car le pire des scénario ne doit pas vous arriver. Et lorsque le meilleur des scénario vous arrivera, s’il vous plait, sachez le reconnaitre et profitez-en!

    crédit photo: https://unsplash.com/fr/photos/velo-noir-avec-roue-de-velo-noire-S9M9AaB2ODw?utm_source=unsplash&utm_medium=referral&utm_content=creditShareLink